Cette semaine, la pudeur nous a forcés à choisir nos photos avec soin. Une bonne partie de ce qui est arrivé ne se montre pas à la vitrine d'un blog, et pourtant le lot est l'un des plus jolis que nous ayons déballés depuis longtemps : des portfolios signés, des tirages minuscules, et même un détour par Mars pour reprendre son souffle.
François Walthéry ouvre le bal, et deux fois plutôt qu'une. On le connaît pour Natacha, l'hôtesse de l'air qu'il dessine depuis des décennies, mais il est aussi l'un des maîtres de la pin-up franco-belge, avec ce trait rond et malicieux qui ne tombe jamais dans la vulgarité.
Cabaret Katia, paru chez Khani en 1986, le fait monter sur une scène de music-hall pour un effeuillage en huit illustrations couleurs sur feuilles libres. Katia s'y déshabille d'une planche à l'autre sous le projecteur, entre un fauteuil en rotin et des coussins, et l'on sent Walthéry plus porté sur le clin d'œil que sur la provocation. Tiré à cinq cents exemplaires numérotés et signés au format 225 × 305 mm.
Les Sept Péchés Capitaux est en bien meilleure forme. Noir Dessin Production l'a publié en 1993, avec un texte bilingue français et néerlandais sous le double titre Les Sept Péchés Capitaux / De 7 Hoofdzonden. Chaque vice tient en une seule composition, de l'orgueil jusqu'à la luxure, sept variations d'humeur et de malice autour de la figure féminine, au grand format 29,7 × 39,5 cm. L'ensemble a gardé assez de valeur pour qu'Adalem Editions publie en 2018 un recueil des crayonnés et encrages restés inédits. Le tirage comptait 500 exemplaires et 75 hors commerce ; celui-ci porte la justification HC 1/75 et s'enrichit d'un dessin original au feutre blanc tracé sur la page de justification, une jeune femme vue de dos, dans l'eau. Les sérigraphies sont proches du neuf, l'emboîtage montre seulement de fines griffes et quelques frottements.
Chez Michetz, le sabre de Kogaratsu, le samouraï qu'il a dessiné sur des scénarios de Bosse chez Dupuis, reste au fourreau. Deux numéros de la collection Il était 7 fois... des Éditions du Fugu, qui avaient déjà publié son art book Fantaisies en 2018, sont arrivés ensemble. Chaque numéro réunit sept illustrations d'un même artiste au format 24,4 × 33 cm, et le tirage est limité à 77 exemplaires numérotés et signés.
Le numéro 9, exemplaire 49/77 avec la signature sur le justificatif, fait défiler des héroïnes costumées au charme espiègle : une diablesse et son trident, une geisha portant une lanterne, une sorcière au chapeau pointu, une guerrière au bandeau frappé du soleil levant, sabre en main, et une magicienne de cabaret en haut-de-forme et queue-de-pie devant un rideau rouge. Le numéro 7 se resserre sur des figures féminines japonaises, sur une palette de rouge, de noir et de blanc : geishas aux coiffures piquées d'épingles, jeune femme en col marin, yeux mi-clos et chevelures soulevées. Ici la sensualité doit plus à la suggestion qu'à la démonstration. Les deux sont proches du neuf, sans défaut notable.
Plus avouable, le portfolio Blueberrys de Jean Giraud, édité par Stardom à 1000 exemplaires numérotés et signés. Le lieutenant rebelle et joueur créé avec Jean-Michel Charlier y apparaît : cavalier au galop dans la poussière, silhouette en long manteau plantée dans la plaine, visage pris de très près. Les encres de couleur laissent voir la rapidité du geste, et le blanc du papier dessine l'horizon. Planches et justificatif sont en très bon état ; le fourreau, lui, porte de légères salissures, une petite déchirure près de la fente et une trace d'étiquette au dos.
Pour finir, de quoi feuilleter en famille : La Guerre des mondes de H.G. Wells, dans l'édition de luxe de 1986 des Éditions Blake et Mortimer, diffusée par Dargaud dans la collection Archives Edgar P. Jacobs et tirée à 750 exemplaires. La traduction d'H.D. Davray parue au Mercure de France y accompagne les illustrations en noir et blanc que Jacobs livrait en 1946, préfacées par Hergé, où perce déjà l'imaginaire mécanique de son œuvre à venir. L'exemplaire, proche du neuf, conserve son affiche de crayonnés préliminaires : tripodes sur longues jambes articulées, coques en ogive, tentacules, on y suit Jacobs réglant ses machines avant le dessin définitif.