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Coffret bois, tirages de tête et un Tintin qui vient peut-être de Belgique

Signée à quatre mains par Régis Loisel et Jean-Louis Tripp, la série Magasin Général suit la vie d'un village du Québec rural des années 1920, autour de l'épicerie tenue par Marie après la mort de son mari. De ce point d'ancrage part une comédie humaine
Quand la série XIII s'est achevée en 2007, elle laissait derrière elle une galerie de personnages dont on savait peu de choses. La collection XIII Mystery est née de cette envie d'explorer leurs zones d'ombre, un album par figure secondaire, et c'est
Valérian et Laureline, agents spatio-temporels au service de Galaxity, tiennent depuis 1967 l'une des grandes fresques de science-fiction de la bande dessinée franco-belge, née de la rencontre entre l'écriture de Pierre Christin et le trait de
XIII raconte l'histoire d'un homme sans nom, sans passé, sans souvenir, dont le seul indice sur son identité est un chiffre tatoué sur lui : XIII. Traqué par des tueurs et surveillé par de hautes personnalités, le héros avance d'album en album dans la
Sixième aventure du reporter à la houppe, L'oreille cassée envoie Tintin en Amérique du Sud sur la piste d'un fétiche arumbaya dérobé au musée. La statuette volée, aussitôt remplacée par une copie, l'entraîne dans une affaire où s'entremêlent

Il y a des colis qu'on soupèse avant de les ouvrir. Celui qui est arrivé cette semaine avec l'intégrale du Magasin Général ne laissait aucun doute sur son contenu : le coffret bois a le genre de densité qui rassure avant même que le papier ne craque. Une petite rentrée, certes, mais pas une rentrée légère.

Loisel et Tripp signent ensemble neuf tomes de chronique québécoise entre 2006 et 2012, chez Casterman. Le Magasin Général, c'est Confession, un village du Québec profond dans les années vingt, une communauté de femmes en attente des hommes partis à la guerre, et Marie, la veuve du magasin, qui voit débarquer un étranger de la ville. Le trait de Loisel — celui de Peter Pan, celui des Contes de la Rue Broca — prend ici une couleur différente, plus terreuse, plus patiente. Tripp au dessin confirme ce qu'on savait de lui : une capacité à habiter les visages, à rendre le silence expressif. L'intégrale en tirage de luxe regroupe les neuf tomes dans un coffret bois qui ne donne vraiment pas envie de le ranger trop vite.

XIII occupe une belle place dans cet arrivage, et pas n'importe quelle place. Opération Montecristo est arrivé en tirage de tête, en noir et blanc — et voir Vance dépouillé de la couleur, c'est mesurer à quel point son encrage porte tout. L'album en lui-même est l'un des sommets du cycle : XIII qui plonge dans un complot où l'amnésie n'est plus seulement son problème, mais l'arme de tout un système. Les tomes 17 et 19, L'Or de Maximilien et Le Dernier Round, sont eux aussi en tirage de tête Dargaud — deux moments clefs de la conclusion du grand cycle Van Hamme, deux albums qui claquent encore quand on les relit avec la distance. Et puis il y a XIII Mystery, tome 1, La Mangouste, en tirage de tête toujours : Ralph Meyer et Xavier Dorison y prennent un personnage secondaire du cycle original et lui donnent une épaisseur qu'on ne lui soupçonnait pas. Un spin-off qui s'assume et qui tient debout seul.

Valérian est là aussi, dans un beau double album en tirage de luxe regroupant Les Spectres d'Inverloch et Les Foudres d'Hypsis, les tomes 11 et 12. Christin et Mézières dans leurs grandes années : le premier y déroule une science-fiction politique qui n'a pas pris une ride, le second dessine des planètes et des foules avec une générosité qui donne le vertige. Un objet soigné pour une série qui mérite mieux que la simple nostalgie.

Et puis il y a le Tintin. Un fac-similé noir et blanc de L'Oreille Cassée, le tome 6, édité par Casterman. Jusqu'ici, rien d'extraordinaire — les fac-similés Tintin en noir et blanc sont des objets beaux et fiables. Mais celui-là a ceci de particulier : on ne sait pas encore où il a été imprimé, et c'est précisément là que tout se joue. Un exemplaire imprimé en Belgique change de statut. Les impressions belges des albums Hergé, surtout sur les éditions anciennes ou les fac-similés de première heure, sont nettement plus rares que leurs homologues français — et les collectionneurs sérieux le savent. On déballera, on vérifiera, et on vous dira ce qu'il en est. Ce genre de petit suspense est l'un des plaisirs du métier.

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