Il y a des auteurs qu'on range trop vite dans une case. Maxime Chattam, c'est souvent « le thriller français », le gars qui écrit des histoires sombres avec des tueurs en série. C'est vrai. Mais c'est aussi beaucoup plus que ça — et les arrivages de cette semaine le montrent assez bien.
Commençons par ce qui a fait sa réputation. La Trilogie du mal, dont nous avons les tomes 1 et 4 — L'âme du mal et La Promesse des ténèbres —, c'est le Chattam des origines, celui qui a mis le polar américain en français. Le tome 1 notamment a été une petite bombe à sa sortie en 2002 : Portland, Oregon, une série de meurtres rituels, un profiler du FBI. Chattam avait à peine la trentaine, il avait passé du temps aux États-Unis, et ça se sentait. Il ne singeait pas Thomas Harris, il s'en nourrissait pour construire quelque chose de personnel. Pour qui ne l'a jamais lu, c'est une bonne porte d'entrée.
Dans la même veine, Le Cycle de l'homme et de la vérité — Les Arcanes du chaos et Prédateurs, les deux premiers tomes — s'inscrit dans un registre plus psychologique, plus parano. Le premier volume suit une jeune femme qui commence à percevoir des connexions troublantes entre des événements apparemment anodins. C'est le Chattam qui aime les systèmes, les théories, les fils qui se croisent. Efficace, bien mené.
La Conjuration primitive, elle, est un roman un peu à part dans sa bibliographie — plus ancré dans l'horreur pure, plus viscéral. Pour ceux qui aiment quand ça fait vraiment froid dans le dos.
Le Diptyque du temps — Léviatemps et Le Requiem des abysses — change complètement de registre. On quitte le thriller contemporain pour quelque chose de plus proche du roman historique fantastique. L'action se déroule au XIXe siècle, à New York, avec une atmosphère steampunk et des enquêtes qui flirtent avec le surnaturel. C'est Chattam qui s'amuse, qui sort de sa zone de confort, et ça se lit comme une grande aventure.
Et puis il y a Autre-Monde, la série qui prouve que Chattam sait aussi écrire pour la jeunesse — enfin, pour la jeunesse et pour les adultes qui aiment les récits post-apocalyptiques bien construits. Nous avons les cinq premiers tomes, de L'Alliance des Trois jusqu'à Oz. Le postulat de départ : une tempête planétaire efface presque tous les adultes de la surface de la Terre, et les enfants qui restent doivent reconstruire quelque chose — ou survivre à ce que le monde est devenu. C'est ambitieux, touffu, parfois inégal, mais il y a une vraie vision derrière. Les fans de Stephen King jeunesse ou de La Longue Marche seront en terrain connu.
Enfin, quelques titres en format poche complètent l'ensemble : Que ta volonté soit faite, Le Sang du temps, Le Cinquième Règne et La Promesse des ténèbres. De quoi combler des lacunes ou découvrir à moindres frais.
Ce qui est intéressant avec cet arrivage, c'est qu'il donne une image assez fidèle de ce que Chattam est vraiment : un auteur protéiforme, pas aussi monolithique qu'on l'imagine. Les collections sont souvent incomplètes, mais elles permettent de tâter le terrain, de voir si le style accroche avant de s'engager plus loin. Et parfois, c'est exactement ce qu'on cherche — une entrée en matière, pas une encyclopédie.