Il y a des semaines où les arrivages ont une logique secrète. Celle-ci en est la preuve : deux univers en apparence étrangers l'un à l'autre, un romancier de fantasy médiévale et une série télévisée de science-fiction vieille de soixante ans, mais tous deux britanniques jusqu'à la moelle, et tous deux érigés en références absolues dans leur domaine respectif.
David Gemmell, d'abord. L'homme a inventé quelque chose qu'on appelle la heroic fantasy dark avant même que l'étiquette existe. Ses héros ne triomphent pas par la grâce ou la destinée — ils tiennent debout parce qu'il n'y a pas d'autre choix. Druss le légendaire, Waylander, Jon Shannow : des hommes abîmés, souvent vieillissants, qui se battent non par gloire mais par devoir ou par désespoir. La nuance morale dans ses romans n'est pas un ornement : c'est l'architecture entière.
L'ensemble arrivé chez nous couvre plusieurs pans de son œuvre. Le cycle Drenaï constitue l'épine dorsale de sa carrière : sept titres réunis ici forment une mise en jambe solide dans cet univers guerrier et crépusculaire, même si l'ensemble n'est pas exhaustif. On y retrouve aussi Loup Blanc, qui prolonge le monde Drenaï avec ce que Gemmell faisait de mieux — des personnages portés par des convictions qui leur coûtent cher. Du côté des Pierres de Pouvoir, c'est le tome 2, La Dernière Épée de pouvoir, qui rejoint notre rayon, dans la continuité de ce cycle post-apocalyptique mâtiné de mythologie arthurienne. Trois autres volumes complètent ce lot : Dark Moon, L'Étoile du Matin et Renégats, publiés chez Bragelonne et J'ai Lu, qui illustrent l'éclectisme de Gemmell dans la fantasy indépendante. Enfin, les tomes 3 et 4 du cycle Rigante — Le Cœur de Corbeau et Le Cavalier de l'Orage — sont disponibles en édition France Loisirs, traduits par Alain Névant, dans ce cycle inspiré des Celtes et de l'Écosse médiévale. Des lots incomplets, certes, mais qui permettent d'entrer dans l'œuvre par plusieurs portes à la fois.
De l'autre côté du rayon, quelque chose de plus inattendu : un ensemble de livres autour de Doctor Who, le programme le plus ancien et le plus culte de la télévision britannique. Lancé en 1963 sur la BBC, le Docteur a traversé plus de soixante ans de diffusion, une douzaine d'acteurs principaux et des générations entières de téléspectateurs. Ce qui est moins souvent dit, c'est que Doctor Who est avant tout une série pour enfants et familles. Le ton, l'humour, l'inventivité débridée des intrigues : tout cela s'adresse d'abord aux plus jeunes, même si les adultes y ont trouvé depuis longtemps leur compte.
Les volumes que nous proposons sont presque tous en anglais — ce qui, loin d'être un défaut, en fait de formidables outils pour quiconque veut approfondir ses notions de la langue tout en plongeant dans l'univers du Docteur. The Companion's Companion de Craig Donaghy recense les compagnons de voyage à travers les décennies. A History of Humankind, publié par Puffin, est le guide officiel du Docteur sur l'histoire humaine. How to Be a Time Lord détaille avec humour les règles non écrites de la régénération et du voyage dans le temps. Twelve Doctors of Christmas réunit plusieurs auteurs — Colin Brake, Richard Dungworth, Scott Handcock, Gary Russell — pour des nouvelles mettant en scène chacun des Docteurs autour des fêtes. Et pour les francophones, Les Archives de Marcus Hearn, publiées chez Akileos, offrent un beau panorama de l'histoire de la série, iconographie à l'appui.
Deux univers de niche, deux institutions britanniques. Il y a pire comme voisinage dans un bac de seconde main.