Il y a des semaines où l'on ne chine pas. On ouvre des cartons. C'est un geste différent — moins de flair, plus de découverte progressive, comme déballer une correspondance dont on ne connaît pas encore tous les expéditeurs. Ces derniers jours ont été de ceux-là, et ce qui en est sorti mérite qu'on en parle.
Largo Winch occupe une bonne part de l'arrivage, et c'est une présence qui s'impose avec cohérence. L'intégrale des 20 ans regroupe les seize premiers tomes signés Jean Van Hamme et Philippe Francq chez Dupuis — ce qu'on pourrait appeler la colonne vertébrale de la série, l'époque où l'héritier milliardaire se construit entre coups d'état financiers et poursuites à travers le monde. Francq y dessine avec une précision et une énergie qui font de chaque planche un vrai plaisir à regarder. Pour qui voudrait entrer dans la série ou la posséder dans un format soigné, c'est une édition de référence.
Autour de cette intégrale gravitent plusieurs tomes du tirage de tête, ces éditions numérotées et enrichies que Dupuis réserve aux collectionneurs. Le tome 20, 20 secondes, est encore signé Van Hamme. Les tomes 22, 23 et 24 — Les Voiles écarlates, La Frontière de la nuit et Le Centile d'or — marquent une transition : Éric Giacometti reprend le flambeau au scénario, seul ou en passation avec Van Hamme pour le 22. La série continue de fonctionner, Francq reste au dessin, et les tirages de tête conservent ce soin éditorial qui les distingue. On a également le tome 21, L'Étoile du matin, en édition standard — le premier album entièrement signé Giacometti, une sorte de nouveau départ dans la continuité.
Parmi les éditions de luxe sorties des cartons, il y a également un coffret Spirou et Fantasio dédié au Repaire de la murène, édité par les Archives Internationales. Le coffret est vide — l'album n'est pas dedans — mais l'objet en lui-même a sa valeur pour le collectionneur qui chercherait à compléter un ensemble ou simplement à posséder la boîte. Ça arrive, et mieux vaut le signaler clairement.
Du côté des intégrales en un seul volume, deux titres très différents mais également solides. Long John Silver chez Dargaud réunit les quatre tomes de Dorison et Lauffray dans un beau format. Lauffray y signe des planches d'une noirceur et d'une précision remarquables — de la piraterie du XVIIIe siècle racontée sans romantisme de façade, avec une violence sourde et des personnages qui n'ont rien de confortables. L'intégrale Blake et Mortimer, publiée sous la bannière de l'éditeur maison, rassemble elle les douze premiers albums d'Edgar P. Jacobs. La ligne claire dans ce qu'elle a de plus construit, de plus tendu aussi — le Secret de l'Espadon, Le Mystère de la Grande Pyramide, L'Affaire du Collier... des classiques qui ont inventé un certain type de récit d'aventure scientifique.
Et puis il y a la pièce qui mérite une mention particulière. L'intégrale Rombaldi d'Astérix, huit tomes reliés, couvrant les albums de Goscinny et Uderzo dans cette collection qui a marqué les bibliothèques des années 1980. La Rombaldi, c'est un format à part — grand, rigide, avec cette façon d'assembler les albums par thèmes ou par ordre qui lui est propre. Avoir l'ensemble des huit tomes en bon état est assez rare. Pour un amateur d'Astérix sérieux, ou simplement pour quelqu'un qui se souvient de ces livres dans la bibliothèque familiale, c'est une collection difficile à reconstituer et qui vaut le détour.
Beaucoup de choses à parcourir, donc. Passez jeter un œil.