Certains cartons résistent. Pas parce qu'ils sont lourds — enfin, si, un peu — mais parce qu'on devine à l'avance ce qu'ils contiennent et qu'on préfère savourer le moment. Celui-là, on a ouvert hier. Et le déballage continue aujourd'hui. La diversité n'est pas au rendez-vous, il faut l'admettre : pas de surprise de genre, pas de mélange des époques. Mais ce que ce lot propose à la place, c'est de la cohérence et de la qualité d'édition. Franquin d'un côté, Peyo de l'autre. C'est suffisant.
Commençons par Gaston, parce que les volumes sont là, alignés, et qu'ils impressionnent. Marsu Productions a produit ces intégrales Version Originale avec un soin que les amateurs connaissent bien : format généreux, reproduction fidèle, parti pris de restituer les planches telles qu'elles furent publiées, sans retouche ni mise à plat éditoriale. Nous avons reçu le tome 10, consacré à l'année 1970, le tome 15 qui couvre la période 1978-1981, et le tome 16 qui referme la série sur les années 1982-1996 — soit la dernière ligne droite de Franquin sur Gaston, celle où le personnage se fait plus rare, plus noir parfois, toujours aussi dévastateur pour le mobilier de bureau. Trois volumes pour une plongée dans trois décennies d'un personnage qui a, au fond, inventé la flemme comme posture philosophique.
Mais Franquin chez nous ne se résume pas à Gaston. Il y a aussi Spirou, et là encore, c'est l'édition Version Originale de Marsu Productions qui prime. Le tome 7, Les Pirates du Silence, est un album cosigné avec Maurice Rosy, mis en images par Will — une collaboration qui illustre bien ce que la série savait faire à cette époque : mêler l'aventure franche et le rythme de gag sans que l'un écrase l'autre. À côté, Le Prisonnier du Bouddha, cosigné cette fois avec Jidéhem et Greg, dans le même esprit éditorial. Et pour compléter le tableau Spirou, un exemplaire de La Mauvaise Tête chez Dupuis, signé Franquin et Jidéhem — un album qui appartient à la période la plus dense de la série, quand Spirou était encore le cœur battant du journal éponyme.
Peyo occupe l'autre moitié du carton, avec un bel ensemble de Johan et Pirlouit en éditions Golden Creek. Pour ceux qui ne connaissent pas l'éditeur : Golden Creek Studio et sa branche Golden Creek ont produit des rééditions très soignées des classiques de Peyo, dans des formats et des finitions qui leur redonnent une belle présence physique. Nous avons le tome 8 en tirage de tête, Le Sire de Montrésor, ainsi que le tome 13 en tirage de tête également, Le Sortilège de Maltrochu. Ces tirages limités sont une autre façon d'habiter une bibliothèque — non pas simplement lire, mais posséder un objet pensé comme tel. Le tome 3 est lui présent en tirage de luxe, Le Lutin du Bois aux Roches, qui raconte justement la première apparition des Schtroumpfs dans l'univers de Peyo — un rendez-vous que les amateurs de la série ont de bonnes raisons de ne pas rater.
Un déballage concentré, donc, presque monothématique. Mais quand le thème s'appelle Franquin et Peyo, et que les éditions sont à la hauteur des œuvres, on ne s'en plaint pas. Le reste du carton attend encore d'être exploré. La suite au prochain épisode.