Il y en a toujours qui glissent entre les mailles. Un arrivage bien chargé, une attention qui se disperse, et voilà des pièces qui passent sans qu'on ait pris le temps d'en parler. C'est le cas de ceux-là : des tirages de luxe et des tirages de tête qui méritaient mieux qu'un silence. On les rattrape aujourd'hui, avant de se pencher dès demain sur les éditions plus classiques qui attendent leur tour.
Commençons par Walthéry, qui est présent en deux versions très différentes. Natacha — Enfin seule ! arrive chez nous dans l'édition Adalem, un de ces albums qui réjouissent les inconditionnels de l'hôtesse la plus célèbre de la bande dessinée franco-belge. Dans un registre plus intimiste, le Portfolio Eléna, édité par Horizon BD, offre un autre regard sur le trait de Walthéry — un objet de collection à part entière, pensé pour être regardé autant que feuilleté. Deux façons d'aborder le même dessinateur, deux formats qui se complètent sans se ressembler.
Peryo est représenté avec le tome 5 de Johan et Pirlouit en tirage de tête, Le Serment des Vikings, dans l'édition Golden Creek Studio. Peyo avant Schtroumpf, Peyo dans le registre médiéval et aventureux qui lui allait si bien : Johan et Pirlouit reste une série injustement éclipsée par ses créatures bleues, et ce tirage de tête lui rend un bel hommage. Un volume pour qui connaît l'œuvre dans sa globalité et souhaite en posséder quelque chose de soigné.
Franquin pointe le bout du nez avec le tome 3 de Spirou et Fantasio, Le Gorille a bonne mine, édité par Marsu Productions. Franquin prend la main sur la série à partir de 1946 et l'emmène progressivement vers quelque chose de plus personnel, de plus nerveux. Ce troisième tome appartient encore à la période d'installation, mais le trait est déjà là, reconnaissable, en train de trouver sa vitesse de croisière.
La Bête, de Zidrou et Frank Pé, est présente en tirage de luxe pour le tome 2, dans l'édition Khani accompagnée d'un ex-libris. Frank Pé est un dessinateur dont la précision naturaliste force le respect — ses animaux respirent, ses paysages ont une texture. Zidrou lui offre un récit à la hauteur de ce soin. Le tirage de luxe, ici, n'est pas un argument marketing : c'est une façon de faire exister l'objet à la mesure de ce que contient l'album.
Enfin, la Complainte des Landes Perdues arrive en force avec les deux premiers tomes en tirage de tête, édités chez Dargaud. Sioban d'abord, Blackmore ensuite. Dufaux au scénario, Rosinski au dessin — une alliance qui a produit l'une des séries les plus sombres et les plus riches de la fantasy en bande dessinée. Rosinski, qu'on connaît pour Thorgal, y déploie une tout autre palette : des lumières rases, des atmosphères médiévales chargées, une violence sourde qui ne cherche pas à se faire pardonner. Les deux tomes ensemble forment un diptyque cohérent, et les avoir en tirage de tête est une occasion que les amateurs de la série sauront apprécier.
Voilà pour ce rattrapage. Des pièces qui auraient pu passer inaperçues, et qui méritaient qu'on s'y arrête. Demain, on change de registre et on plonge dans les éditions plus classiques — il y a de quoi faire.