Il y a des séries qu'on ne referme pas facilement. Yoko Tsuno est de celles-là. Roger Leloup a commencé à dessiner cette ingénieure électronicienne belgo-japonaise en 1970 dans Spirou, et ne l'a jamais vraiment lâchée. Nous avions mis quelques volumes en circulation ces dernières semaines ; avec cet arrivage, on boucle la boucle. Ce sont les derniers titres estampillés Esquisses d'une œuvre que nous proposons, et il est probable qu'ils ne passent pas longtemps.
Le tome 27, Le Secret de Khâny, nous ramène vers les Vinéens — ces extraterrestres bleus et secrets qui traversent la série comme un fil conducteur. C'est l'un des épisodes les plus attendus par les fidèles, celui qui reprend le personnage de Khâny au cœur du récit. Le tome 24, Le Septième Code, est un Leloup plus technologique, presque thriller, avec cette précision du trait qui n'a jamais faibli en quarante ans de carrière. Deux beaux volumes Dupuis pour conclure ce chapitre Yoko Tsuno dans notre catalogue.
Passons à Long John Silver. L'intégrale en tirage de luxe regroupe les quatre tomes de Xavier Dorison et Mathieu Lauffray dans un fourreau soigné — un objet qui mérite le qualificatif sans qu'on ait besoin de forcer le trait. Lauffray est l'un des dessinateurs les plus visuellement généreux de sa génération : des ambiances poisseuses, des nuits caribéennes presque palpables, une mer qui sent le sel et la trahison. Dorison construit un récit de pirates qui emprunte à Stevenson sans lui devoir d'excuses — c'est sombre, ambitieux, habité. Ce fourreau est le genre d'édition qu'on achète une fois et qu'on garde longtemps.
Et puis il y a Moebius. Nous avions déjà les tomes 5 et 6 de L'Incal en grand format 30x40 noir et blanc sur le site. Cet arrivage vient compléter l'ensemble avec les tomes 1 à 4 dans ce même format — dont le tome 2, L'Incal Lumière, en tirage de luxe. La série est désormais complète chez nous dans ce grand format noir et blanc, et c'est une vraie satisfaction. Voir le trait de Giraud dépouillé de la couleur, dans ces proportions, c'est une expérience à part : les architectures délirantes de John Difool, les silhouettes de Jodorowsky, tout prend une densité différente. Pour ceux qui attendaient les pièces manquantes, c'est le moment.
Mais l'arrivage réserve une surprise moins attendue. Lazlo Parker, publié par Moebius Production, est l'une des facettes les moins connues de Jean Giraud. Ces Œuvres Monumentales Miniatures — le titre lui-même dit quelque chose de l'humour et de l'ambition du bonhomme — rassemblent un travail graphique à part, loin de Blueberry, loin de L'Incal. C'est Giraud dans ses marges, dans ses carnets presque, avec une liberté de ton qu'il ne s'accordait pas toujours dans ses grandes séries. Le genre de volume qu'on découvre en croyant connaître déjà l'auteur, et qu'on referme en réalisant qu'on avait raté quelque chose.
Cet arrivage n'est pas le plus volumineux que nous ayons reçu, mais il a du caractère. Des clôtures, des compléments, et une rareté Giraud pour les curieux. De quoi occuper quelques soirées.