Il y a des lots qui arrivent et dont on sent, avant même de les avoir tous ouverts, qu'ils ne ressemblent pas à l'ordinaire. Pas par la quantité, ni par le hasard de la chasse — plutôt par cette homogénéité discrète qui unit des pièces d'horizons très différents sous un même signe : le soin apporté à l'objet. Cet arrivage-là a ce caractère. Et l'une des surprises, au fond de la caisse, est une boîte vide. Patience, on y revient.
Commençons par Walthéry, qui est ici doublement représenté. D'un côté, l'intégrale Sortilège réunissant les tomes 1 à 3, publiée par C.M. Éditions — une série moins connue du grand public que Natacha, plus adulte, qui montre un Walthéry à l'aise dans un registre fantastique et sensuel. C'est l'occasion de mesurer l'étendue d'un auteur qu'on a parfois tendance à enfermer dans un seul personnage. De l'autre côté, Natacha — Ses premiers pas en dédicaces, édité par Adalem. Un volume à part dans la bibliographie de l'auteur : il y rassemble et commente des dédicaces réalisées au fil des années, avec ce mélange d'humour et de tendresse qui caractérise sa relation au public. C'est un livre de passionné autant que sur un passionné — le genre d'objet qui n'existera jamais en réédition.
Long John Silver est arrivé sous la forme d'un coffret tirage de tête, édité par Bruno Graff, avec ex-libris signé. Dorison au scénario, Lauffray au dessin : une des séries d'aventure maritime les plus abouties des années 2000, portée par un dessin d'une noirceur et d'une densité atmosphérique exceptionnelles. Lauffray construit ses planches comme des peintures — la lumière, la boue, la violence de la haute mer, tout y est traité avec une conviction rare. Le coffret tirage de tête est un objet pensé pour durer, pour être conservé avec égards.
Mattéo est lui aussi représenté en tirage de luxe : le tome 3, Troisième époque, couvrant août 1936, toujours chez Bruno Graff. Gibrat situe son récit dans la guerre civile espagnole et y déploie une sensibilité graphique qui doit autant à la peinture qu'à la bande dessinée classique. Le tirage de tête de cet album est particulièrement recherché des collectionneurs, et il n'est pas difficile de comprendre pourquoi : tenir ce volume entre les mains suffit à saisir ce que le terme édition de luxe est censé signifier.
Et puis il y a La Marque Jaune. Le tome 6 des Aventures de Blake et Mortimer, signé Edgar P. Jacobs, dans l'édition Blue Circle. Pour qui s'intéresse à l'histoire de la bande dessinée franco-belge, cet album est un monument — l'intrigue qui installe définitivement le duo dans le panthéon du genre, avec cette atmosphère londonienne pesante et ce sens du mystère qui appartient en propre à Jacobs. L'édition Blue Circle n'est pas une édition courante : c'est un volume pour collectionneurs, tiré avec exigence, qui restitue l'œuvre dans des conditions dignes de ce qu'elle représente.
Un arrivage construit, exigeant, destiné à ceux qui savent ce qu'ils cherchent. Disponible sur le site.